Présidence de la République à durée indéterminée dans les pays des Grands Lacs ?

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Coïncidence de calendrier électoral dans les pays des Grands Lacs en Afrique centrale : les présidents Pierre Nkurunziza du Burundi, Joseph Kabila Kabange de la République démocratique du Congo et Paul Kagame du Rwanda, sont bientôt en fin de mandat. Cependant, chacun d’entre eux donne l’impression de vouloir modifier la Constitution de son pays pour se maintenir au pouvoir. Ni les frondes de leurs oppositions respectives, encore moins l’avertissement de Russ Feingold, envoyé spécial des Etats-Unis d’Amérique en République démocratique du Congo et dans les pays de Grands Lacs, ne paraissent les ébranler. Vont-ils, sur le modèle du russe Vladimir Poutine, tenir tête et s’imposer ? Let’s Wait and See. 

Pour accomplir leurs désirs, le mot de passe est connu : « modifier la Constitution »

 L’astuce pour atteindre leurs objectifs est bien connue : c’est la modification de la Constitution, dès lors que les prescrits de ces lois fondamentales leur interdisent de postuler pour des mandats extra-constitutionnels. Les échéances de fin mandat sont connues : 2015 pour Pierre Nkurunziza2016 pour Joseph Kabila Kabange et 2017 pour Paul Kagame. De la manière forte à la rumeur, de l’esquive à la ruse, etc. Chacun y va de son mode opératoire et de son ingéniosité.

 

Au Burundi : Pierre Nkurunziza opte pour « la manière forte »

Pierre NkurunzizaAprès le camouflet que lui aura infligé l’Assemblée nationale du Burundi, dominée pourtant par ses partisans du CNDD-FDD, en rejetant son projet de révision de la Constitution qui lui aurait permis de se représenter pour un troisième mandat en 2015, Pierre Nkurunziza et les proches fidèles de son camp iront astucieusement laver l’affront en réduisant désormais la question électorale, une question essentiellement politique, à une affaire purement juridique, c’est-à-dire constitutionnelle. Et, contre vents et marées, son ministre de l’Intérieur Edouard Nduwimana, annoncera une semaine après l’humiliation de son camp au Parlement, que le président Pierre Nkurunziza briguerait un troisième mandat. Le pavé ainsi jeté, le démenti, du porte-parole du principal parti du président le CNDD-FDD (Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie)Onésime Nduwimana, qui contredira le ministre burundais de l’Intérieur ne suffira pas à convaincre les Burundais de sa bonne foi. Combien sont-ils encore dupes pour le croire ?

 

En République démocratique du Congo : Joseph Kabila Kabange « souffle le chaud et le froid »

consitution congolaiseEn RDC, la technique de l’esquive et de la rumeur se dévoilera et s’expérimentera d’abord dans et par la publication en juin 2013 du livre « Entre la révision constitutionnelle et l’inanition de la Nation » du professeur Evariste Boshab. Ce dernier est secrétaire général du PPRD, le principal parti de la majorité présidentielle en RDC. On comprendra alors que cette publication lança en RDC, une forte polémique et fit surgir des craintes sur une éventuelle tentative de révision constitutionnelle qui autoriserait Joseph Kabila Kabange à briguer un mandat présidentiel supplémentaire en 2016. Une tentative à laquelle, comme à toutes les autres qui vont suivre, activistes de la société civile et opposition congolaise, sous la houlette du mouvement « Sauvons le Congo » se diront fermement s’opposés par tous les moyens à l’émiettement de la Constitution congolaise. Afin, sans doute, de baisser la brusque température de la chaleur soulevée par cette fronde, Joseph Kabila Kabange soufflera un peu de froid et calmera le jeu en dévoilant, aux convives de la réunion de sa majorité présidentielle dans sa ferme de Kingakati, sa volonté de ne comploter ni contre la République ni contre sa Constitution. Cet aveu présidentiel suffira t-il à calmer définitivement le jeu ? Rien n’est si sûr car la persistance des manœuvres de révision constitutionnelle est toujours de mise en RDC et continue de mobiliser l’attention de l’opposition politique congolaise. La dernière ingénieuse trouvaille de la mouvance présidentielle en RDC est, par exemple de proposer l’élection du chef de l’Etat au suffrage indirect, à travers l’Assemblée nationale, en lieu et place du suffrage universel direct. Les Congolais seraient-ils plus dupes que leurs voisins burundais ?

Au Rwanda : Paul Kagame « pour l’esquive »

KAGAME2La dernière ruse et tentative de modification de la Constitution pour se maintenir au pouvoir pointera t-elle du côté de Paul Kagame du Rwanda? Tout semble l’indiquer. Les observateurs avisés voient dans la dernière victoire du FPR aux dernières législatives rwandaises de septembre 2013, une voie visiblement et largement ouverte à un troisième mandat présidentiel du président Paul Kagame en 2017. Il serait stupide de ne voir dans des slogans comme, « Changement, continuité et stabilité », au centre des réflexions de la commission mise sur pied par le camp présidentiel du FPR, pour réfléchir à l’après-2017 au Rwanda, qu’une simple initiative isolée de quelques zélés du FPR ou des proches de Kagame. Aucune étourderie n’est permise, la victoire haut la main, de Paul Kagame et le FPR aux législatives de 2013 que d’aucuns ne considèrent, à juste titre, qu’une simple victoire d’étape est ou pourrait servir, on le présume, d’une belle entrée et d’un bon alibi à Paul Kagame et aux siens, pour briguer un troisième mandat présidentiel à la tête du Rwanda. Même si par modestie, mais aussi par esquive l’intéressé clame parfois :  « Je n’ai pas besoin d’un autre mandat. Ce dont j’ai besoin et dont vous avez besoin, c’est la continuité » ou encore « Celui qui cherche un troisième mandat, cherche également un quatrième et un cinquième ». Déjà, certains médias, à l’instar de Jeune Afrique, le pré-proclame hyper candidat pour la prochaine législature. Comment le sera-t-il alors sans une révision de la Constitution rwandaise ? 

J’y suis… J’y reste, l’enivrement du pouvoir plus fort que la raison

Au delà du cas de l’AFRIQUE DES GRANDS LACS, il est des questionnements qui me taraudent l’esprit et ne peuvent donc être esquivés. La réflexion m’invite, en effet, à me poser des questions sur ces récurrentes tentatives de tripatouillages constitutionnels, pour se maintenir au pouvoir, qui se répandent en Afrique. Pourquoi cette tendance semble-t-elle faire florès dans sa sphère francophone ? Est-ce une tare coloniale ? Je serais bien tenté de le croire lorsque je me rappelle ce fameux discours de Dakar de Nicolas Sarkozy en 2007 qui dénie aux Africains tout sens de progrès en clamant que l’homme africain n’était pas assez entré dans l’histoire. Je me souviens aussi que quelques années plus tôt, un autre ancien président français, Jacques Chirac déclarait que l’Afrique n’était pas pas mûre pour la démocratie. A qui pensez-vous que de tels soutiens idéologiques puissent profiter, sinon à ces « hommes forts » au pouvoir en Afrique qui, en dépit de l’indignation et de la dénonciation morale par les démocrates et patriotes du continent, ne peuvent que rivaliser d’ingéniosité pour se cramponner au pouvoir. Une question finale tout de même, messieurs les princes du pouvoir africains : quand vous aurez si brillamment réussi dans vos funestes entreprises, vers quelles nouvelles zones de turbulence politique et pour quels dividendes croyez-vous conduire vos pays ? J’y suis… J’y reste, d’accord. Mais, « historia magistra vitae », retenez que beaucoup comme vous, pour avoir ignoré ce sens de l’histoire que nous dénie N. Sarkozy, ont vite déchanté de cet enivrement du pouvoir. Propos d’un naïf qui ne comprend rien aux artefacts du pouvoir, me direz-vous. Oui, mais pensez-y tout de même.

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laackater
Je suis Congolais de la RDC. Je réside à Kinshasa. J'enseigne à l'université. Je suis de la génération grisonnante, mais féru des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Je m'intéresse particulièrement aux technologies éducatives

5 commentaires

  1. le pouvoir se gère par les actes comme proné par la demoscratos. avoir les clés comme mots de passe c’est une chose pour peut etre verouiller la gestion de la res publica dans ces pays longtemps meurtris par des guerres, et ça personne ne l’ignore. nonobstant savoir utiliser ces clés de deverouillage et retourner l’avantage à leur compte c’est ça qu’il faut craindre. et maintenant que faire? il y a plusieurs options je conseillerai à tous ces pays d’y aller par escalier.

    • laackater

      C’est certain, toute astuce qui tente de verrouiller la démocratie ne peut être que contre-productive pour nos Etats et de très mauvaise augure pour l’avenir de leurs peuples. Que puissent le trio des hommes forts du pouvoir actuels des nos pays des Grands Lacs entendre la raison

  2. Ce n’est pas qu’ils ont déchanté, mais ils ont parfois plongé leurs pays dans des problèmes, des misères, et des guerres. Le pouvoir, il est vrai, corrompt. Belle radioscopie, analyse limpide, sages et précieux conseils. Mais un Président averti, n’existe pas chez nous, et paradoxalement, n’en vaut pas un.

    • laackater

      Après moi, le déluge.. c’est connu, c’est leur leimotiv. Mais la sagesse proverbiale nous console. Elle dit à celui qui abuse dans la ruse ou ne sait pas écouter les conseils : « aujourd’hui trompeur, demain trompé », avec cette explication en sus : « celui qui se joue d’autrui aura toujours la monnaie de sa pièce. C’est -à-dire qu’il sera, tôt ou tard, victime de la ruse d’un autre ». Merci DEB pour le « comment »

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