RDC : des jeunes femmes leaders s’insurgent contre la violence liée à l’internet faite à leurs consœurs

 

sjs4

Il semble bien que les TIC entretiennent des rapports paradoxaux entre l’accès à ces technologies, la fracture numérique de genre et la violence faite à la femme liée aux technologies de l’information et de la communication. J’ai participé récemment à une activité des jeunes leaders féminins de la RDC sur les usages des TIC et la violence faite à la femme dans le contexte rd congolais. La réflexion à laquelle j’ai été convié m’aura (presque) convaincu de ce paradoxe et suggéré ce billet.

La fracture numérique au carrefour entre les TIC et le genre 

A voir l’engouement que manifeste notre société de l’information actuelle aux technologies de l’information et de la communication,TIC, on n’est pas loin de penser que l’usage de l’Internet qui en est la vedette des, TIC, devient une véritable fête. Mais les accro du net qui ne peuvent que se réjouir de cette réalité savent aussi que toute fête a souvent ses revers. L’un de ces revers, se nomme ici :  « fracture numérique », un concept opérationnalisé par la discipline des communications pour caractériser un véritable problème social qui se décompose le plus couramment en des criantes disparités et écarts d’accès aux usages de l’Internet.

On parle essentiellement d’une disparité d’accès verticale entre le Nord « info-riche » et le Sud « info-pauvre ». Cette disparité est dite horizontale lorsqu’elle décrit les mêmes écarts d’accès à l’internet en termes de genre entre garçons (hommes) et filles (femmes)  ou entre villes et les campagnes,par exemple. Pour corriger cette situation, de nombreuses associations féministes de par le monde, se mobilisent pour lutter contre une telle fracture numérique. Ainsi l’association congolaise de  » Si jeunesse savait  » (SJS) se bat pour la réduire dans le contexte r- congolais.

Hélas, les rapports souvent ambigus entre le désir d’une plus grande utilisation des TIC par la femme et la préservation et l’élargissement de ses droits, en particulier le droit des jeunes femmes et filles à vivre sans violence liée à l’internet est paradoxalement saisissant.  Il paraît même contre indicatif par rapport au noble objectif de démocratisation de l’usage des TIC entre garçons et filles voulue et recherchée par tous. Ces violences sont récurrentes et les exemples toujours plus édifiants comme ceux révélés sur ce site web se multiplient chaque jour :

  • En 2001, un homme a été reconnu coupable d’avoir tué sa femme après avoir intercepté ses courriers électroniques et appris qu’elle avait l’intention de le quitter.
  • Aujourd’hui, des centaines de femmes indiennes dénoncent le harcèlement sexuel qui se passe dans la rue, dans le Blank Noise Project Blogathon.
  • Pendant ce temps, le jeu vidéo populaire Grand Theft Auto encourage ses millions de joueurs à traiter les travailleuses du sexe comme des objets d’agression et de meurtre.

Quid de « Si jeunesse savait » et de son combat contre la violence liée à l’internet faite à la femme congolaise ?

« Si jeunesse savait » est une association des jeunes féministes de la RDC dont l’existence juridique reconnue remonte à l’année 2001. Elle est animée par Françoise Mukuku. Cette association regroupe des jeunes femmes qui ont une ferme ambition de combattre les violences faites à la femme congolaise. Dans le contexte particulier de la société numérique actuelle, elle situe son combat dans les violences liées aux technologies de l’information véhiculées notamment par l’Internet. Il est loisible à chacun d’obtenir les informations de base de l’association sur son site web.

sjs4

Le 31 juillet dernier, dans la lignée de ses objectifs habituels, cette association présente une étude sur les remèdes légaux et les politiques clientèles des entreprises offrant des services basés sur Internet. Cette étude réalisée dans le contexte rd congolais du développement de la société numérique doit servir de point de départ à une discussion autour de la vie privée sur Internet .

Je suis intéressé par la thématique de la conférence afin de vérifier et peut-être d’ôter de mon esprit un préjugé tenace qui voudrait insinuer que la femme congolaise n’est nullement intéressée par les technologies de l’information et de la communication.

Surprise, surprise

sjs3
Dans la salle de la conférence, je réalise que j’aurais eu tort de refuser cette invitation, pour plusieurs raisons :
  • le comité organisateur de la conférence est, à 80 %, composé de mes anciennes étudiantes. La convivialité est parfaite et les retrouvailles enthousiastes.
  • l’assemblée des participants est composée des personnes à niveau élevé dont la plupart, en touche avec le développement des NTIC en RDC, me sont bien connues.
  • les conférenciers du jour, pour la plupart issus de divers acteurs de la société civile congolaise, comprennent des juristes et autres féministes congolaises de renom. Tout augure donc d’exposés et de débats intéressants autour de la thématique de la rencontre.

Un triste constat d’ignorance à la base de la violence liée à l’internet

A l’issue des travaux de la conférence, je réalise que toute la quintessence de la réflexion de l’atelier se résumera autour d’un heureux amalgame sur les concepts de fracture numérique de genre, de nétiquette et de sécurité informatique. Tous les exemples révélés par l’étude présentée, de même que les allusions des discours des différents conférenciers du jour et du fécond débat qui suivra, se fondentsur constat commun :  lignorance par la majorité des jeunes femmes et filles congolaises victimes de la violence liée à l’internet de certains de ces principes est à la racine de cette violence.

On ne peut, en effet, autrement comprendre la violence sur Facebook dont aura été victime Blandine, une jeune Kinoise de 16 ans, qui à la demande de son copain, accepte de se faire photographier toute nue en échange de quelques cadeaux. Quelques jours plus tard elle est ahurie de voir ses photos publiées et révélées à tous sur Facebook. Une scène qui lui vaudra l’opprobre de ses parents et de presque tous ses voisins du quartier.

N’ayant pu placer elle-même ses photos sur Facebook, elle apprendra, que la publication aura été l’oeuvre d’un désormais copain commun, sur demande de la nouvelle copine de ce dernier qui, par excès de jalousie, a tenu ainsi à nuire à sa réputation. Blandine apprendra aussi, à ses dépens, que le désormais copain (coquin)commun a réalisé cette sale besogne en se servant de son mot de passe Facebook que le garnement a gardé.

Autre exemple rapporté dans l’étude, celui de Séraphine, une autre jeune femme congolaise qui tient un blog très suivi par la diaspora congolaise. La jeune fille a décidé de commencer une nouvelle relation amoureuse, en raison du retour chez lui, en France, de son ancien copain. Elle sera victime d’une violence monstrueuse sur le net de la part de ce dernier, de surcroît propriétaire de la plateforme du blog de Séraphine, et tenaillé, sans doute, lui aussi par une jalousie excessive.

Séraphine sera alors violentée par Gérard avec des propos incongrus et par la publication de certaines de ses photos sur son propre blog. Un blog aussitôt envahi par des commentaires négatifs et insultants des internautes de partout à son endroit. Certains propos vont basculer dans le racisme. Après la divulgation de son mail et de ses coordonnées téléphoniques sur son blog, par son ex-copain, Séraphine sera outrancièrement harcelée.

Elle ne se sortira de ce traumatisme que six mois après le début de cette terrible histoire. Grâce aux  conseils de quelques ami(e)s, elle portera auprès de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) française qui désactivera son blog. Une sale aventure qui conduira, à la fin, Séraphine à recourir aux services d’un psychologue et à décider de ne plus toucher aux blogs. Dommage.

Globalement, tous les nombreux autres exemples cités lors de cette rencontre, auront presque tous l‘ignorance de quelques principes élémentaires de sécurité informatique ou de méconnaissance de la nétiquette comme principale cause à la racine de la violence liée aux TIC dont seront victimes les concernées.

Un même reproche sera porté au passif des pourtant compétents juristes invités de la société civile congolaise. La plupart de leurs interventions ont dénoté de la même ignorance notamment sur les principes de la nétiquette. Une ignorance qui pourrait justifier le peu de cas fait à la législation sur internet en RDC au regard du texte de la loi-cadre sur les télécommunications supposées gérer ce domaine.

En conclusion, s’il nous est loisible de louer la bonne initiative des jeunes leaders féminins de la RDC et le courageux combat de  » Si jeunesse savait  » de lutter contre la violence liée à la technologie faite à la jeune femme congolaise, il est néanmoins regrettable de constater la persistance d’un paradoxe qui voudrait qu’on lutte contre la fracture numérique de genre en RDC et la crainte pour les jeunes femmes et filles congolaises de s’adonner pleinement à l’usage des TIC qu’elles situent à l’origine de cette violence.

Aussi, à la suite de beaucoup d’autres participants à la conférence, ma principale contribution au débat aura été d’énoncer une vive et insistante recommandation aux organisateurs de l’atelier afin d’arcbouter désormais l’essentiel de leurs actions futures, en direction des jeunes femmes et filles congolaises, sur la formation et la vulgarisation des principes élémentaires de nétiquette et de sécurité informatique comme alternatives réalistes pour contourner le paradoxe.

The following two tabs change content below.
laackater
Je suis Congolais de la RDC. Je réside à Kinshasa. J'enseigne à l'université. Je suis de la génération grisonnante, mais féru des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Je m'intéresse particulièrement aux technologies éducatives

4 commentaires

  1. je crois que le grand travail qui reste à faire, c’est aux décideurs de créer une loi qui protègera la fille (femme) qui utilise les TIC. les personnes qui publient ou partagent les données personnelles d’autrui; réfléchiront à deux fois avant les mettre en ligne!

    • laackater

      Quel nom ? Est-ce vraiment le vôtre ? Je le découvre avec tous les lecteurs qui connaissent le kikongo, une des 4 langues nationales de communication en RDC. Qu’importe mon très cher lecteur. Merci d’être passé sur ce blog et puisse votre vœux être exhaussé.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *