RDC : Le rapatriement de la dépouille d’Etienne Tshisekedi entre raison,  oraison et déraison

Etienne Tshisekedi : sa dépouille recherche une terre pour y être inhumée

Il y a quelques jours, un ami me confiait sa crainte de voir le corps de « son vieux » Etienne Tshisekedi, récemment décédé en Belgique (1er février 2017), ne pas être finalement enterré dans son pays natal, la RDC. Ce que j’ai pris alors pour une simple frasque de mon hyperémotif compatriote commence, hélas, à me tarauder, moi aussi l’esprit et à harponner sa quiétude.  Ainsi donc, comme pour feu Maréchal Joseph Désiré Mobutu Sese Seko, le terrible dictateur congolais dont Etienne Tshisekedi fut un farouche opposant, il est à craindre que le vieux « Tshistshi » ne soit, in fine, lui aussi inhumé en terre étrangère. Terre étrangère ? Oui, mais où exactement ? Sans doute en Belgique, cet ancien pays colonisateur de la RDC qui vient de le voir mourir. Et pourquoi pas au Sénégal qui, aux dernières nouvelles, aurait manifesté, par la voix de son Président Macky Sall, sa disponibilité à recevoir la dépouille d’Etienne Tshisekedi pour y être enterrée sur son sol.

Des préalables au rapatriement en RDC contre et envers le culte africain aux morts

A l’origine de notre inquiétude, mon ami et moi, il y a ces préalables, de tout bord, posés par les familles biologique et politique des « tshisekedi » à la matérialisation du rapatriement de la dépouille de l’illustre disparu en RDC pour y recevoir des obsèques dignes de son rang et y être enterré sur le sol de ses ancêtres.

Pour les « familles politiques », c-à-d- son parti politique l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et ses alliés, conglomérées dans le fameux Rassemblement de l’opposition (Rassop), aujourd’hui au bord de l’explosion, les absolues et conditionnelles exigences avant le rapatriement du corps d’Etienne Tshisekedi n’ont point faibli :

  • Pas de rapatriement du corps avant la mise en place d’un nouveau gouvernement avec un nouveau premier ministre issu et présenté par le Rassemblement. 
  • Pas de rapatriement  avant l’érection d’un mausolée pour le Sphinx.

Pour la famille biologique, le dernier ingrédient de cette macabre sauce, est le dernier volte face de Mgr Gérard Mulumba, jeune frère d’Etienne Tshisekedi et porte-parole de la famille biologique. Après un apparent accord avec l’actuel gouvernement congolais, qui entérinait le rapatriement du corps d’Etienne Tshisekedi pour le 11 mars 2017 et son enterrement au cimetière de la Gombe au centre ville de Kinshasa, Mgr Gérard Mulumba vient de se rétracter car dit-il « l’endroit ne convient pas ou plus ».

Ainsi donc, envers et contre toute décence et culte voué aux morts, dans notre bonne tradition africaine, le corps du vénérable Sphinx tshisekedi va continuer à « trimbaler » dans les rues de Bruxelles plus d’un mois après sa mort le 1er février 2017. Car, après des grandioses obsèques lui rendu dans un funérarium de la capitale belge, après la messe de requiem à la Basilique Koekelberg à Bruxelles, seuls quelques initiés savent aujourd’hui où est gardée la dépouille de Etienne Tshisekedi. Et dans quel état physique ?

C’est là, la rançon de tout illustre homme politique qui disparaît, serait-on sensé de dire. A la manière des politicologues, ne feignons pas d’oublier que Tshitshi était un homme de parti, aussi bien q’un homme d’état, Et comme tel, il ne s’appartenait plus à lui seul ni à sa seule famille biologique car responsable devant son époque et devant la postérité du pouvoir qu’il n’a malheureusement pas pu exercer.

Entre raison… oraison et déraison

Au final, il faut aujourd’hui se rendre à l’évidence et relever ce terrible et injuste paradoxe : autant, il a été difficile pour Etienne Tshisekedi de vivre dans son pays, autant il lui est difficile d’y être enterré. Face à cette confusion, la raison ne voudrait-elle pas que le Sphinx soit enterré le plus vite possible, afin d’avoir une oraison funèbre digne de lui ? Autrement, n’est-ce pas  là, une déraison ?

The following two tabs change content below.
laackater
Je suis Congolais de la RDC. Je réside à Kinshasa. J'enseigne à l'université. Je suis de la génération grisonnante, mais féru des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Je m'intéresse particulièrement aux technologies éducatives

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *