RDC : En marge de la conférence minière de Goma : quid des damnés de l’exploitation du coltan congolais ?

portable du sang

COLTAN DU SANG SUR NOS PORTABLES

 

Une conférence minière congolaise à Goma pour faire remuer dans leurs tombes, les « coltandamnés » du Kivu ?

 Du 23 au 25 mars 2014, le gouvernement r-d congolais a organisé la deuxième édition de la conférence minière nationale à Goma dans la province du Nord-Kivu, après la première tenue à Lubumbashi, dans la province du Katanga en février 2013. Libre à chacun de juger et de se faire sa petite idée sur la manière dont quelques médias congolais, à l’instar de Le Poten-tiel, L’ObservateurDigitalcongo.netOneWovisio.comRadiookapi.netetc.., ont traité, commenté, analysé cette information.  Libre aussi à tous d’apprécier les recommandations des assises de cette conférence. 

Quant à moi, le choix de Goma, pour la tenue de cet événement, est une belle occasion de rappeler par et dans ce billet que cette ville et toute la région Est du Congo ont été et sont encore, en référence à l’histoire récente de ce pays, des lieux lourdement chargés d’émotion pour tout congolais. Une belle occasion aussi de revenir sur le « coltan du sang et sur les portables de sang » constamment évoqués par les médias du monde pour dénoncer l’exploitation macabre de ce qu’il convient de considérer aujourd’hui le coltan maudit du Kivu. Ces populations de cette partie de la RDC, toujours ensanglantée par des terribles guerres, longtemps contraintes à une production forcée de ce minerai, je les appellerai des « coltandamnés » en contraction des expressions « coltan et condamné« . Elles auront payé un très lourd tribu lorsqu’on regarde les décomptes macabres estimés par certains médias internationaux qui dénombrent, à ce jour, entre DEUX et SEPT millions d’âmes disparues.

Sur les causes profondes qui ont et/ou continuent à alimenter ces guerres, beaucoup des choses ont été dites et écrites, au gré des intérêts des diverses plumes, avant que les même médias, comme ICI et  ne crèvent enfin l’abcès et lèvent définitivement le secret de polichinelle sur la véritable cause de ces guerres, à savoir : le pillage, par les multinationales occidentales des ressources minérales, principalement du coltan dont cette région du Kivu de l’Est de la RDC détient 60 à 80% des réserves mondiales. Ce rapport de l’ONU de 2003 fait grandement écho de ces révélations.

Le coltan, un mal que le ciel inventa pour décimer les congolais, est considéré aujourd’hui comme un minerai stratégique qui soutient presque totalement le développement de l’économie numérique et électronique du monde dit développé. Importante source pour la production du tantale, très prisé pour sa grande résistance à la corrosion, le coltan est ainsi, tous les spécialistes le disent, indispensable à la fabrication de divers composants électroniques. Il est notamment utilisé dans la fabrication de condensateurs pour les équipements électroniques, dans l’aéronautique, particulièrement dans la fabrication des réacteurs, dans l’économie militaire, pour la fabrication des missiles, etc.. On l’utilise aussi comme revêtement dans les échangeurs de chaleur et dans des alliages pour les outils de coupe ou de tournage.

En économie numérique, l’usage du coltan dans la fabrication des ordinateurs, des téléphones portables, des télévisions, des i-pad, des tablettes et divers autres outils numériques qui, envahissent progressivement et inéluctablement le monde de l’enseignement et de l’éducation, est prégnant. La macabre exploitation de cette ressource minérale par les multinationales occidentales dans le contexte congolais de la guerre de l’Est, a longtemps été stigmatisée par de nombreuses ONG. Celles-ci, à l’origine des nombreuses campagnes de sensibilisation à travers le monde, ont su trouver des slogans justes, empruntés à des expressions imagées du genre « portable de sang« , « du sang dans nos portables » ou « coltan, minerai du sang » pour alerter la planète sur les atrocités de la guerre de l’Est-RDC.

La métaphore  de la « ballade des pendus« 

En mémoire à tous mes compatriotes congolais morts, je lance, en écho posthume d’un gomatracien de l’au delà, une supplication, même, post-conférence aux convives de la deuxième conférence minière nationale congolaise de Goma et sollicite d’eux un désirable bien que hypothétique brin de pitié. Pour présenter ma complainte, je prendrai la métaphore de la Ballade des pendus du poète médiéval François Villon qui, à l’ombre de la potence et en l’attente de l’exécution qui lui fut promise par le prévôt de Paris à la suite de l’affaire Ferrebouc, composa ce sinistre poème comme pour implorer la commisération, la pitié et lancer un appel à la charité chrétienne, à ses contemporains vivants sur son sort.

Par une hasardeuse mais volontaire analogie à cette métaphore, je lance aux convives congolais de la conférence de Goma, cet appel : « frères humains qui après nous communiquez, ayez pour nous « pauvres kivutiens » pitié, car les multinationales n’en ont point de nous« .

Le dilemme de tout congolais : utiliser  ou  non  les gadgets électroniques incriminés ?

C’est dans cet authentique dilemme entre boycotter ou ne pas boycotter l’usage des gadgets électroniques incriminés que j’ai reçu, il y a quelques jours, sur mon compte facebook, cette invitation d’Evelyn V exhortant chaque utilisateur d’un appareil électronique à signer une pétition sollicitant auprès des fabricants ou des (re)vendeurs des portables un document certifiant que l’appareil acheté ne contient pas des métaux dont les minerais proviennent des mines de l’Est du Congo. La pétition invite le Directeur Général de l’Organisation Mondiale du Commerce, Roberto Azevedo, et le Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, à faire preuve de leadership en matière de ‘Caring Economics’ en adoptant et en appliquant l’équivalent de la loi « Dodd-Frank » article 1502 qui donnerait ainsi à l’UE et aux États membres de l’OMC les moyens de s’assurer que l’exploitation des minerais cesse d’être une source d’angoisse mais plutôt un facteur de paix et de joie pour les citoyens de la RD Congo. J’ai signé la pétition. Combien suivront mon geste ? Wait and See. Dans cette attente, puisse la visualisation de la vidéo ci-après, convaincre et appeler un maximum  de signatures de cette pétition.

 

 

Pour que dans cet espoir ontologique, nous puissions ensemble, demain, changer de ballade et CHANTER CELLE DES GENS HEUREUX avec le chanteur français Gérard Lenorman. Vœu pieux, me direz-vous. Sans doute avez-vous raison. Moi, je prends néanmoins parti pour ce rêve.

https://www.youtube.com/watch?v=Wzkz9IABhPk&list=RDWzkz9IABhPk

 

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laackater
Je suis Congolais de la RDC. Je réside à Kinshasa. J'enseigne à l'université. Je suis de la génération grisonnante, mais féru des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Je m'intéresse particulièrement aux technologies éducatives

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